Le rôle du sol vivant face aux sécheresses

La 17e Conférence des Parties (COP17) de la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification (CNULCD) s’est tenue du 17 au 28 août 2026 à Oulan-Bator, en Mongolie, sous le thème « Restaurer les terres, restaurer l’espoir ».

Les discussions ont notamment porté sur le manque massif d’investissements nécessaires à la restauration des terres à grande échelle et sur les moyens de renforcer la résilience face à l’augmentation des sécheresses qui menace une part croissante de la population mondiale à l’horizon 2050.

En France, l’été 2026 a donné une illustration concrète de ces enjeux. Avec une température moyenne de 24 °C, soit 3,6 °C au-dessus des normales, il est devenu l’été le plus chaud jamais enregistré en France depuis 1900. Il a également été marqué par une forte sécheresse des sols et un déficit de précipitations particulièrement important.

La France, elle aussi confrontée à la désertification

La désertification n’est pas uniquement un phénomène qui concerne les régions arides d’Afrique ou d’Asie. La France s’est déclarée « pays affecté » par la désertification, notamment en raison de la dégradation des terres et de l’augmentation des épisodes de sécheresse.

Le pourtour méditerranéen, la Corse et certains territoires ultramarins sont particulièrement concernés. Plus largement, la multiplication des épisodes de chaleur et de déficit hydrique pose la question de la capacité de nos sols à conserver leur rôle de réservoir d’eau et de support de la biodiversité.

Juillet 2026 a notamment été marqué par un déficit de précipitations proche de 70 %. Combiné aux épisodes de chaleur successifs de l’été, ce manque d’eau a contribué à une sécheresse des sols d’une intensité exceptionnelle.

Dans ce contexte, une question se pose : quel rôle peut jouer un sol vivant face à ces épisodes climatiques extrêmes ?

La biodiversité des sols : une alliée face à la sécheresse

Source : FAO, 2020

La biodiversité des sols désigne l’ensemble des organismes qui vivent sous nos pieds : bactéries, champignons, vers de terre, insectes et nombreux autres micro-organismes.

Cette biodiversité contribue au fonctionnement et à la fertilité des sols, mais aussi à leur capacité à infiltrer et à retenir l’eau. Un sol vivant constitue ainsi une véritable infrastructure naturelle, essentielle à la résilience des écosystèmes.

Un sol riche en biodiversité et en matière organique contribue notamment à :

  • Favoriser l’infiltration et la rétention de l’eau : les galeries creusées par les vers de terre, les réseaux racinaires et la structure du sol facilitent la circulation et le stockage de l’eau.
  • Maintenir la végétation et le rafraîchissement : un sol capable de conserver davantage d’eau permet à la végétation de mieux résister aux périodes sèches. L’ombrage et l’évapotranspiration participent alors au rafraîchissement local.
  • Limiter l’érosion : un sol bien structuré et couvert par la végétation résiste mieux au ruissellement lors des épisodes de pluies intenses qui peuvent succéder aux périodes de sécheresse.

À l’inverse, la dégradation des sols peut créer un cercle vicieux : perte de biodiversité et de matière organique, déstructuration et compaction, diminution de l’infiltration de l’eau et augmentation du ruissellement. La capacité du sol à résister aux épisodes climatiques extrêmes s’en trouve alors réduite.

Immobilier et ville : l’enjeu de l’imperméabilisation

L’artificialisation et l’imperméabilisation des sols constituent un facteur supplémentaire de vulnérabilité.

Béton, bitume et autres surfaces imperméables interrompent le cycle naturel de l’eau : les précipitations s’infiltrent moins dans les sols et ruissellent davantage vers les réseaux d’assainissement ou les cours d’eau.

Ces surfaces minérales contribuent également à l’îlot de chaleur urbain en stockant puis en restituant la chaleur. La présence de végétation et de sols fonctionnels constitue donc un levier important pour adapter les villes aux fortes chaleurs.

Sécheresse, inondation, chaleur et biodiversité sont ainsi étroitement liées. Préserver et restaurer les sols permet d’agir simultanément sur plusieurs de ces enjeux.

Les solutions : vers la ville-éponge et la renaturation des sols

Pour renforcer la résilience des territoires, les acteurs de l’immobilier et de l’aménagement disposent de plusieurs leviers :

SolutionFonctionnementBénéfices
DésimperméabilisationRemplacer certaines surfaces imperméables par des sols perméables ou de pleine terre.Favorise l’infiltration et limite le ruissellement.
Noues et jardins de pluieCollecter temporairement les eaux pluviales dans des espaces végétalisés.Ralentit les écoulements et favorise l’infiltration.
Toitures végétaliséesInstaller une couverture végétale adaptée sur les bâtiments.Retient une partie des eaux pluviales et contribue au confort thermique.
Arbres et pleine terrePréserver ou recréer des espaces végétalisés connectés au sol.Apporte de l’ombre, favorise l’infiltration et contribue au rafraîchissement.
Parcs et espaces inondablesPrévoir des espaces pouvant temporairement accueillir l’eau lors des fortes pluies.Réduit le ruissellement et la pression sur les réseaux.

Ces solutions, souvent qualifiées de solutions fondées sur la nature, permettent de répondre à plusieurs enjeux simultanément : gestion de l’eau, biodiversité, adaptation aux fortes chaleurs et prévention des risques.

Sortir des silos : le sol au cœur de l’adaptation climatique

La COP17 rappelle l’importance de considérer les enjeux environnementaux de manière systémique. Un sol en bonne santé contribue à la fois à la biodiversité, au cycle de l’eau, au stockage du carbone, à la régulation des températures et à la résilience des territoires. C’est tout l’intérêt des solutions fondées sur la nature et du concept de ville-éponge.

Pour les acteurs de l’immobilier et de l’aménagement, cela implique de mieux connaître les sols, de limiter leur artificialisation et leur compactage, mais aussi de préserver et renaturer les sols existants chaque fois que cela est possible.

Le sol n’est pas seulement le support de nos constructions : c’est une infrastructure naturelle essentielle à la résilience de nos territoires. Renaturer les sols aide à préserver la biodiversité, mais aussi à renforcer la capacité de nos villes et de nos territoires à faire face aux sécheresses, aux fortes chaleurs et aux pluies extrêmes.

Sources

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