Autoconsommation photovoltaïque : la bascule vers un nouveau paradigme ?

Ecrit par Arnaud Vidal, OID.

Alors que les dirigeants des trois plus grands énergéticiens français, TotalEnergies, Engie et EDF, viennent d’appeler à une « sobriété d’urgence » dans une tribune commune, l’immobilier est plus que jamais concerné par les enjeux de performance énergétique, tant en termes de sobriété des consommations que d’autonomie énergétique des bâtiments.

L’autoconsommation énergétique, principalement électrique, est justement de plus en plus invoquée comme un levier de résilience clé pour les acteurs de l’immobilier. Dans ce contexte, l’OID a organisé le mardi 21 juin dernier un atelier lors duquel plusieurs experts sont intervenus pour faire le point sur les pratiques d’autoconsommation en France.

 

Une activité en plein essor, mais encore loin de ses objectifs

De prime abord, David GREAU, directeur général adjoint d’ENERPLAN, le syndicat des professionnels de l’énergie solaire, brosse un portrait du marché du solaire en forte croissance en France ces dernières années, toute forme confondue (chaleur solaire, PV bâtiment, PV énergie).

Ainsi à la fin 2021, 13 GW étaient raccordés en France continentale, soit un doublement de la puissance installée depuis le 3T 2016. Mieux, la filière semble enfin prendre son envol avec 2,7 GW raccordés sur la seule année glissante du T4 2020 au T4 2021.

Pour autant, le déploiement des capacités solaires reste encore bien en-deçà des objectifs de la Programmation Pluriannuelle de l’Energie 2019-2028, qui visait une puissance installée de 20,1 GW d’électricité solaire fin 2023.

Mais c’est surtout au niveau européen, et en particulier à la suite du conflit ukrainien, que l’autoconsommation électrique et la production solaire d’énergie font l’objet d’un soutien plus appuyé encore. La Stratégie de l’UE pour l’Energie Solaire, du plan d’action REPower EU, dévoilée le 18 mai 2022 dernier par la Commission Européenne prévoit ainsi d’installer pas moins de 600 GW de capacités solaires photovoltaïques en 2030 (contre 136 GW fin 2020). Pour ce faire, les capacités solaires seront notamment rendues obligatoires sur tous les nouveaux bâtiments (commerciaux, publics et résidentiels) d’ici 2029, et les durées d’instruction des dossiers raccourcies.

 

Un contexte réglementaire qui favorise la souplesse et la variété des modèles

Bien qu’encore en demi-teinte en France, le succès du solaire s’explique notamment par une facilitation des autorisations, un renforcement des obligations de solarisation des surfaces tertiaires (logistiques, bureaux, parkings…) et un cadre économique qui gagne en maturité.

Ainsi, le rehaussement de 100 à 500 kWc du seuil du guichet ouvert, ouvrant le droit au tarif d’achat réglementé et donc à la sécurisation financière des nouveaux projets en octobre 2021, a favorisé l’expansion depuis 2021

Plus encore, l’autoconsommation fait désormais l’objet de contrats de services, reliant des producteurs (généralement d’énergie solaire), aux consommateurs, et cette réalité se reflète dans la multiplicité des formalisations juridiques possibles, ainsi que l’explique Justine BAIN-THOUVEREZ, avocate chez LLC Associés. En effet, l’autoconsommation peut désormais emprunter une variété de formes (totale ou partielle, individuelle ou collective) pour s’adapter aux spécificités locales et à des échelons variés (immeuble, copropriété, quartier, territoire).

Le développement de l’autoconsommation s’appuie également sur un modèle économique sécurisant qui en fait une source potentielle de prime verte contribuant à la valeur du bâtiment. Ce modèle offre en effet le double intérêt de réduire les charges énergétiques et de se prémunir face aux évolutions du prix de l’énergie. La flexibilité juridique du dispositif permet enfin de le combiner à d’autres mécanismes vertueux, comme des contrats de performance énergétique.

 

Des premiers retours positifs et duplicables qui appellent également à des points d’attention

Antony GUILBERT CHOLET, Responsable Innovation et Immobilier Durable Région Ouest chez La Poste Immobilier, complète cet état de l’art en matière d’autoconsommation par un retour d’expérience sur la centrale photovoltaïque installée sur l’Hôtel des Postes de Nantes dans le cadre d’une rénovation globale.

Après une année d’exploitation, force est de constater que les résultats sont satisfaisants, malgré la complexité initiale du projet, tant sur le volet immobilier (35 000 m², 12 locataires avec des activités mixtes, localisation en centre-ville) que juridique (contrôle des architectes des bâtiments de France, risque d’être assimilé à un fournisseur d’énergie).

Avec une centrale de 255 kWc couvrant 1400 m², le taux de couverture des consommations électriques du site atteint 17% sur une année et a permis de significativement diminuer la pointe de demande quotidienne.

Antony GUILBERT CHOLET insiste pour autant sur la nécessité d’anticiper les temporalités administratives, techniques et logicielles. Enfin, il est surtout essentiel d’embarquer les utilisateurs le plus tôt possible afin qu’ils comprennent l’intérêt du projet et s’approprient les technologies, et les écogestes à adopter.

 

L’autoconsommation électrique répond à une problématique aujourd’hui au cœur de l’actualité politique en répondant à des enjeux impérieux de sécurité énergétique, de transition environnementale et de prévisibilité économique. Ces préoccupations impactent au premier chef les acteurs du bâtiment, tant sur le plan de la construction que de l’immobilier. Aussi ces projets devraient être étudiés partout où c’est possible, et des plans de déploiement pourraient être mis en œuvre par les acteurs dans les prochaines années ! Pour rappel, les énergies renouvelables, pesant aujourd’hui 19% de notre mix énergétique, doivent en 2030 représenter 33% du mix. Nul doute que l’autoconsommation photovoltaïque fera partie de l’arsenal de leviers à mettre en œuvre pour atteindre cet objectif.

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