Stratégie adaptation de l’Union Européenne : quels impacts pour le secteur de l’immobilier ?

Le 24 mars 2021, l’Union Européenne a adopté une nouvelle stratégie d’adaptation au changement climatique, qui renouvelle et complète la stratégie d’adaptation adoptée en 2013. Ambitieuse et systémique, elle vise à moduler les investissements en fonction des enjeux climatiques et à impliquer tous les acteurs de la société, qu’ils soient privés ou publics, et à tous les niveaux. Le secteur du bâtiment au sens large est identifié comme un secteur-clé dans la mise en œuvre de cette stratégie, aux côtés des investisseurs financiers et des assureurs. Quels impacts sont attendus pour l’immobilier ?

La stratégie d’adaptation de l’Union Européenne est une première étape des ambitions européennes de résilience face aux événements climatiques accrus par le changement climatique. La commission européenne pose ainsi les grandes lignes qui doivent guider les prochaines réglementations des Etats membres afin de répondre à la menace climatique.

Un contexte politique et réglementaire qui force les ambitions

En 2019, Paris et Bruxelles ont déclaré l’urgence climatique. Depuis, les villes déclarant l’urgence climatique sont toujours plus nombreuses. Dans la même veine, les manifestations pour le climat qui se tiennent régulièrement, dans de nombreuses villes d’Europe, depuis la COP21 en 2015, sont également le reflet d’une prise de conscience en progression et d’une volonté d’intégrer les enjeux climatiques à toutes les échelles de la vie politique.

En 2005, la Commission européenne a initié sa réflexion sur les enjeux d’adaptation au changement climatique. A la suite de cela, un livre blanc a été adopté en 2009, et la première version de la stratégie d’adaptation de l’Union Européenne a vu le jour en 2013. En 2015, l’Accord de Paris a fixé un objectif mondial en matière d’adaptation, pour en renforcer les capacités, accroître la résilience aux changements climatiques et réduire la vulnérabilité. Le pacte vert pour l’Europe adopté en 2019 avait annoncé le ton ambitieux de cette stratégie, avec une feuille de route ayant pour objectif de rendre l’économie de l’UE durable. Cette stratégie s’ancre également dans la Loi Climat européenne, qui vise à atteindre la neutralité carbone à 2050.

Figure 1. Contexte réglementaire et historique de la stratégie d’adaptation de l’UE, OID

 

Bâtir et améliorer la stratégie européenne dans une visée de résilience climatique

La stratégie d’adaptation de l’UE pose les jalons pour construire des sociétés résilientes au changement climatique, qui respecteraient plusieurs principes :

  • Être réfléchie, adéquate et judicieuse, appuyée par une meilleure connaissance du risque climatique ;
  • Être systémique, incluant tous les secteurs économiques et sociaux, à tous les niveaux ;
  • Être rapide, répondant aux échelles temporelles courtes du changement de climat ;
  • Être ambitieuse, afin d’illustrer la direction à prendre sur le plan international.

Les politiques régulant tous les secteurs économiques doivent systématiquement prendre en compte l’adaptation : l’objectif est d’assurer la cohérence des normes et réglementations applicables en la matière. Pour assurer cette cohérence, il est nécessaire d’éviter les investissements dans des directions qui finalement ne seront pas résilientes face au climat de demain et qui peuvent augmenter l’ampleur du changement climatique. Dans cette approche systémique, il existe trois priorités transversales pour la Commission Européenne : l’intégration de l’adaptation dans la politique macro-fiscale, les solutions d’adaptation fondées sur la nature (SAFN) et les mesures d’adaptation locales.

L’urgence de la situation climatique impose de lever les freins à l’accès aux bonnes pratiques d’adaptation le plus rapidement possible. L’un des freins majeurs est la difficulté d’accès aux solutions : la stratégie adoptée pour y faire face consiste à soutenir l’innovation et à faciliter l’accès aux informations concernant les solutions d’adaptation, via la mise en place de guides, d’outils, de données et d’instruments pour une meilleure évaluation des risques. En ce sens, le développement de méthodologies d’évaluation et de suivi de l’impact des stratégies d’adaptation est indispensable.

Une coopération régionale et inter-régionale et une évaluation et un suivi des impacts d’une adaptation positive est préconisée. En effet, le suivi, l’établissement de rapports et l’évaluation permettent d’établir une base de référence à partir de laquelle mesurer les progrès en matière d’adaptation.

Figure 2. Grands principes de la stratégie d’adaptation de l’UE, OID

 

L’adaptation climatique appliquée au secteur privé

L’implication du secteur privé dans la stratégie d’adaptation de l’UE, pour comprendre les enjeux inhérents à chaque secteur et pour atteindre les différents objectifs fixés, est importante à chacune des étapes de sa mise en place.

La stratégie d’adaptation de l’Union Européenne souhaite s’appuyer sur une synergie entre les données climatiques détenues par le secteur privé et celles détenues par le secteur public pour alimenter des bases de données et outils communs.  L’outil support utilisé pour l’enregistrement central de ces données est le Risk Data Hub. En contrepartie, la plateforme Climate-ADAPT sera mise à jour et améliorée pour servir de source de connaissances sur les impacts climatiques et l’adaptation, à destination des acteurs privés et publics.

Le secteur financier constitue l’un des trois leviers privilégiés pour financer l’adaptation des activités de l’Union Européenne. La Taxonomie Verte Européenne, qui est une classification des activités européennes selon leur compatibilité avec six enjeux environnementaux, permettra d’identifier comme « vertes » les activités qui contribuent à l’adaptation au changement climatique dès fin 2021.

La stratégie de l’UE insiste sur l’importance de veiller à ce que les réglementations et les financements prennent systématiquement en compte les risques de catastrophe pour :

  • Eviter de créer une nouvelle exposition au changement climatique ;
  • Réduire les risques existants ;
  • Renforcer la résilience, la prévention et la préparation ;
  • Gérer le risque résiduel du changement climatique, malgré l’adaptation mise en place.

Assurer le suivi afin de garantir la mise en place de mesures d’adaptation et de valider leur utilité est l’une des étapes majeures de la stratégie. Pour cela, l’établissement de rapports et l’évaluation sont essentiels pour établir une base de référence solide nécessaire à la mesure des progrès en matière d’adaptation. Cette base permettra aussi de favoriser les mesures à forts impacts et faire évoluer les indicateurs utilisés. L’expérience acquise avec les tableaux de bord de la préparation à l’adaptation pour la stratégie d’adaptation de 2013 serviront de base à ce travail.

Le rôle de l’immobilier dans la stratégie d’adaptation

La commission Européenne met en exergue l’importance de l’adaptation au changement climatique des infrastructures avec la phrase suivante « Les infrastructures durent souvent plusieurs décennies, mais une grande partie du stock existant ne résiste pas bien au changement climatique. », faisant ainsi référence à la durée de vie des infrastructures et des bâtiments. Rendre un bâtiment plus résilient et adapté au changement climatique peut nécessiter des investissements supplémentaires en amont, environ 3% du coût du projet, mais a un ratio coût-bénéfice de 1 : 4, en intégrant les dépenses futures évitées du fait de la résilience du bâtiment, d’après un rapport de la Global Commission of Adaptation.

Afin de diffuser les pratiques d’adaptation dans le secteur, la Commission européenne a souhaité mettre à jour les normes européennes régissant la sécurité et les performances des infrastructures au regard du changement climatique. Des normes d’infrastructure ont notamment été mises à jour et, en couvrant un éventail toujours plus large, ces normes contribueront à accélérer la standardisation des solutions d’adaptation, au niveau de l’UE comme au niveau national.

Si la stratégie souligne la vulnérabilité du bâtiment face aux aléas climatiques, elle souligne aussi la capacité du secteur à participer à l’adaptation globale en ce qui concerne la gestion des eaux, avec des toitures récupératrices d’eau de pluie ou des dimensionnements hydrauliques adaptés, et le rafraîchissement urbain, avec la végétalisation des parcelles, des façades, et des toitures, pour contrer les îlots de chaleur urbains.

En outre, la Commission souligne que dans la Stratégie pour une vague de rénovations et le Plan d’action en faveur de l’économie circulaire, la résilience climatique est identifiée comme l’un des principes clés. Les prévisions de la Commission incluent un passage en revue des options pour mieux prédire le stress induit par le climat sur les bâtiments et pour intégrer les questions de résilience climatique dans la construction et la rénovation des bâtiments. Les leviers à activer seront notamment les critères de marchés publics écologiques pour les bâtiments publics, le journal de bord numérique des bâtiments et, un approfondissement de ces questions dans le cadre d’un processus de révision des Directives sur la performance énergétique des bâtiments et de la Réglementation sur les produits de construction.

L’écart de protection climatique, qui correspond à la part des pertes économiques non assurées causées par les catastrophes liées au climat, se creuse. La Commission préconise de combler ce fossé et d’augmenter les taux de pénétration des systèmes assurantiels. À terme, des évaluations nationales des taux de pénétration de l’assurance seront menées et des recommandations pour les améliorer seront fournies, en étroite coopération avec l’EIOPA (European Insurance and Occupational Pensions Authority). La Commission prévoit aussi de faciliter la coopération et la discussion sur les meilleures pratiques entre les parties prenantes du secteur de l’assurance et d’explorer davantage le sujet dans le cadre de la prochaine stratégie de financement durable.

Conclusion

Raisonnement systémique, solutions fondées sur la nature, prise en compte des spécificités locales, fléchage des investissements responsables au regard de l’adaptation : voici les pistes prometteuses affichées par la nouvelle Stratégie de l’UE.

Reste à traduire ces principes dans les actions concrètes : pour ce faire, les pratiques de nombreux secteurs devront évoluer rapidement, mais de manière systémique et réfléchie, afin d’éviter les écueils de la mal-adaptation.

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