Retour sur la conférence du jeudi 1er octobre : Changer nos imaginaires, pour une ville durable et désirable

Comment changer les images qui forgent notre esprit et notre manière de voir les choses ? Premier élément de réponse : s’affranchir des croyances et lois de notre époque pour faire partie de la minorité qui inventera un autre monde, le monde de demain, plus désirable.

Le 1er octobre 2020 a eu lieu la conférence « Changer nos imaginaires pour une ville durable et désirable » au siège de BNP Paribas Real Estate, co-organisée par l’OID et le Plan Bâtiment Durable. Sandrine Roudaut – Chercheuse-semeuse d’utopies, est intervenue en tant que grande intervenante de la journée afin d’échanger sur les nouvelles utopies, les nouveaux imaginaires et la manière de changer notre paradigme et nos modèles de société.  Une table ronde a suivi cette intervention, permettant d’illustrer l’application concrète de ces principes. Comment se réinventer ? Comment rendre le changement désirable pour tous ?

 

L’utopie et le nouvel imaginaire, clés de la conduite du changement ?

Après une introduction de Loïs MoulasDirecteur Général de l’OID, qui a souligné la capacité de la société à faire preuve de résilience et a insisté sur l’importance de l’imaginaire et du désir pour changer nos comportements en vue notamment de l’atteinte des objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre, Sandrine RoudautChercheuse et semeuse d’utopies a pris la parole. Pour elle, le désir personnel et l’implication font traverser des obstacles immenses et aller plus loin ; ce sont les racines du changement. L’élan personnel détermine l’engagement. L’expérimentation, la prise de recul, le fait de se mettre à la place de quelqu’un d’autre et le perpétuel questionnement sont les clés de la réussite du changement. L’autorisation de l’imperfection nous libère ; nous rentrons alors dans un processus d’honnêteté, d’humilité et de persévérance créatrice. Mais ce sont des choix personnels, et il est difficile de les insuffler aux autres. Car impulser le changement est exigeant à plus d’un titre : il est nécessaire d’accepter de faire partie de la minorité audacieuse qui pense et définit un nouvel imaginaire, une nouvelle norme, que la majorité suivra.

Afin de dépasser les conventions et des normes de notre société et des marchés, il est nécessaire de procéder à un autopiratage de notre manière de penser et de s’abroger d’une pensée rationaliste restreignante. Peut-être alors suffirait-il d’imaginer le monde que l’on voudrait voir demain et d’ensuite définir le chemin nécessaire pour y arriver, plutôt que de tenter de définir un monde meilleur en adaptant par petites touches le monde d’aujourd’hui ? N’ayons pas peur de l’utopie, car « l’Utopie a un lieu, c’est l’imaginaire, c’est là qu’elle naît » d’après Sandrine Roudaut qui a rempli d’espoir l’auditorium, en ce premier jour d’octobre.

 

Quid des nouveaux imaginaires pour les acteurs de l’immobilier ?

Dans le cadre de la table ronde qui a suivi, animée par Gérard Degli-EspostiPrésident de l’OID et Directeur de l’Investissement Socialement Responsable en immobilier à La Française REM, des professionnels du secteur ont pu nous faire part de leur vision sur cette thématique.

Philippe PelletierPrésident du Plan Bâtiment Durable a tout d’abord évoqué l’impact de la crise sanitaire et la formidable opportunité qui se présente à nous de repenser l’avenir, telle « une page blanche » où écrire et penser un grand bouleversement. Rêver en grand est devenu une nécessité. Le bâtiment doit se réinventer aussi sur ce modèle : partir de la demande des individus et de la société et être à son écoute est devenu nécessaire pour concevoir les bâtiments de demain. La nécessité de répondre aux besoins de la société, Stéphanie Morio – Architecte associée co-fondatrice de l’agence Bond Society l’a bien appréhendée, puisqu’elle y a notamment consacré un pôle de recherche au sein de son agence. Des recherches sont menées sur les nouveaux usages du bâtiment, notamment sur le coliving, sur le télétravail et l’habitat participatif des personnes âgées. Il faut agir en précurseur pour changer la réglementation. L’architecture est au service des transformations et des transitions du bâtiment.

Repenser les bâtiments ? BNP Paribas Real Estate s’y attelle quotidiennement. Csongor CsukásDirecteur Général du Property Management de BNP Paribas Real Estate a illustré leur volonté « d’intégrer le côté humain dans la construction des bâtiments ». Réinventer les bureaux passe avant tout par une amélioration des locaux et la création d’espaces collaboratifs qui contribuent au bien-être au travail (espaces de convivialité, lieux diversifiés au sein des bureaux, agriculture urbaine etc.). Car pour Alexandre JostFondateur et Directeur Général de la Fabrique Spinoza, il est possible de construire un autre récit écologique, efficace et joyeux. L’approche écologique est aujourd’hui plutôt alarmiste, ce qui est nécessaire, mais cela rend le climat ambiant très anxiogène et peu propice à l’implication individuelle dans les changements de comportements. Il faut tisser un autre récit écologique qui s’appuie sur les bienfaits du vivant. Le monde de demain sera atteint non par obligation mais par désir. Il s’agit de développer un mode de pensée basé sur la nature et le bonheur.

 

Les changements de comportement, clés de voute des nouveaux imaginaires ?

Suite à la table ronde, Bertrand de FeydeauPrésident de la Fondation Palladio est revenu sur le bouleversement provoqué par la crise sanitaire. Pour lui, l’ordre ancien des villes est désormais bouleversé. Il a notamment souligné l’arrêt total des activités et le fait que malgré cela, la société ait continué de fonctionner, le numérique ayant notamment permis d’assurer la continuité des services. Les humains se sont rendu compte qu’ils n’avaient pas besoin de faire fonctionner tous les modes de transports énergivores utilisés habituellement. La question qui se pose alors suite à cette intervention est de savoir si nos comportements durant la période de confinement s’avéreront pérennes et si nos modes de vie et de consommation en seront profondément transformés.

Les changements de comportements sont au cœur du travail réalisé par Delphine LabbouzDocteure en psychologie sociale et environnementale, qui a pu présenter ses recherches sur le sujet. Tout comme Sandrine Roudaut et les intervenants de notre table ronde, elle a souligné l’importance de l’individu dans l’aménagement des lieux de vie et de travail et la nécessité de les questionner sur leur usage. Dans le cadre de ses recherches, elle a observé un décalage entre la parole et les actes : la conscience de l’urgence climatique ne suffit pas pour initier un engagement concret. L’humain réagit face à des menaces imminentes, concrètes et visibles, contrairement aux caractéristiques des conséquences climatiques qui sont diffuses, aléatoires et lointaines. Pourquoi certains changent-ils leurs pratiques, alors que d’autres personnes non ? D’après Delphine Labbouz, ceci s’explique par des prises de conscience différentes (déni, curiosité, changement progressif mais avec risque de rechute, acceptation et nouvelles habitudes).

 

Utopies, changement des comportements, nouvelles pratiques et redéfinition des habitudes ont donc été au cœur des thématiques de cette conférence Immobilier & Prospectives. Les nouvelles représentations sont la clé de définition d’un nouveau modèle de société, basé sur l’humain et la nature. De quoi alimenter le GT Imaginaires et changement des comportements de l’OID !

Le support de la conférence est désormais disponible sur Taloen, le centre de ressources pour un immobilier responsable, et la retranscription vidéo sera rediffusée sur la chaine YouTube de l’OID, Penser l’immobilier responsable.

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