Rapports du GIEC et du Haut Conseil pour le Climat : quel rôle à jouer pour le bâtiment ?

Le 9 août dernier est paru le premier volet d’un rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC ou IPCC en anglais) qui fait le point sur l’état des connaissances et les évolutions attendues du climat. Cette publication confirme la responsabilité des activités humaines dans le réchauffement de l’atmosphère, des océans et des terres et détaille un certain nombre de conséquences de ce réchauffement. Fin juin, c’est le Haut Conseil pour le Climat (HCC) qui s’est quant à lui penché sur le cas de la France avec son rapport : « Renforcer l’atténuation, engager l’adaptation ». Quelle analyse peut-on tirer de ces deux publications et quelles sont les pistes d’actions pour le secteur du bâtiment ?

 

Le cadre et le fonctionnement du GIEC et des rapports

Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat ou GIEC évalue l’état des connaissances sur l’évolution du climat, ses causes, ses impacts et identifie les possibilités de limiter l’ampleur du réchauffement et la gravité de ses impacts et de s’adapter aux changements attendus. Les rapports du GIEC fournissent un état des lieux régulier des connaissances les plus avancées. Composé de trois groupes, le GIEC produit trois rapports composés d’un ensemble de chapitres contenant l’évaluation scientifique, technique et méthodologique et d’un résumé à l’intention des décideurs.

La publication du GIEC du 9 d’août 2021 constitue le premier de trois documents. Il dresse les constats de la communauté scientifique sur le système climatique et les changements observés et à prévoir. Le second rapport portera sur les conséquences des évolutions climatiques sur les sociétés humaines, et le dernier sur les solutions à mettre en œuvre. Ils devraient être publiés au début du printemps 2022.

Pour bien comprendre la chronologie des rapports et le mode de fonctionnement du GIEC, un article du site BonPote en a fait une synthèse très claire.

Le résumé pour les décideurs, disponible en anglais à ce lien et dont une traduction française non officielle est également disponible ici, reflète le mode de fonctionnement du GIEC, qui en fait sa force et sa limite.

Le GIEC est en effet une instance scientifique, qui présente, dans la partie « évaluation scientifique », l’ensemble de ces observations sous un mode probabiliste, reflétant le degré de confiance dans le fait que telle ou telle situation se produise. Le rapport est scientifiquement très solide, puisque l’ensemble des observations ont été étayées par les modèles et leurs probabilités d’occurrence ont été calculées. Il incite donc à la confiance pour effectuer une mise à jour de ses propres connaissances sur la question, sans a priori. A contrario, dans les résumés destinés aux décideurs, il est important de garder à l’esprit que ces synthèses ont été relues par des gouvernements et que chaque formulation a été soupesée et négociée, condition sine qua none pour que ces synthèses soient acceptées et reprises par ces mêmes gouvernements. Le résumé pour les décideurs comporte donc peu d’assertions univoques et percutantes.

Plus précisément, le tableau ci-dessous vient lister les éléments de langage qui viennent qualifier et ponctuer l’ensemble des faits portés à notre connaissance :

Rapport du GIEC : un constat sans appel

Parmi les évènements considérés comme « virtually certain » selon la nomenclature, l’acidification des océans, la perte de glace au Groenland ou encore la hausse du niveau des mers tout au long du XXIème siècle sont évoqués. Enfin, la cause humaine comme levier majeur du réchauffement de l’atmosphère via les émissions de CO2 est désormais également qualifiée de « virtually certain ». Exit donc les débats concernant la diversité des causes et la marge de manœuvre réduite des sociétés.

Le rapport fait également un rappel essentiel pour l’ensemble des pays : la hausse moyenne des températures masque une disparité des hausses locales. Tout d’abord, les terres émergées vont voir leurs températures augmenter plus vite que les océans. D’autre part, les pôles vont se réchauffer plus rapidement que les aires tropicales, proche de l’équateur. L’infographie ci-dessous montre bien cet écart de réchauffement :

Source : IPCC, août 2021

L’exemple de la canicule qui a eu lieu au Canada, avec des extrêmes de températures à 49,6°C relevés à Lytton fin juin 2021, et en conséquence un incendie ayant dévasté la localité vient illustrer de façon frappante cette situation.

Enfin, la multiplication et l’intensification des évènements extrêmes, déjà pressenties lors des rapports précédents, sont ici confirmées : vagues de chaleur, hausse des précipitations, vagues de sécheresse sont des fléaux avec lesquels il va nous falloir apprendre à composer.

Compte tenu de ces éléments, l’objectif de neutralité carbone, constitue donc un préalable nécessaire à tout le reste. La publication met l’accent sur le fait d’atteindre un niveau d’émissions de CO2 nul à plusieurs reprises. Pour le dire plus clairement, le net zero carbon est un minimum, pas une ambition[1].

Haut Conseil pour le Climat : quelle analyse du secteur du bâtiment ?

Dans son rapport publié fin juin intitulé « Renforcer l’atténuation, engager l’adaptation », le HCC fait le point sur les ambitions de la Stratégie Nationale Bas Carbone française (SNBC) et les émissions de chaque secteur de l’économie française.

Avant de regarder les chiffres, il est important de noter que les émissions associées au secteur du bâtiment dans la SNBC sont celles de l’exploitation des bâtiments. Les émissions liées aux matériaux sur les chantiers sont quant à elles comptabilisées dans le secteur de l’industrie. Ces changements méthodologiques ont conduit à une réduction des dépassements budgétaires carbone affectés au bâtiment : ce trop-émis s’élève désormais à 23,5M teqCO2 pour la période 2015-2018.

Qu’en est-il pour le secteur du bâtiment ? Tout d’abord, le secteur a effectivement entamé une baisse de ses émissions depuis 1990. Pour autant, il reste donc en-deçà de ses objectifs puisque le budget a été dépassé. Enfin, le rythme de diminution attendu pour la période 2019-2023 est significativement plus élevé que ce qui a été réalisé en 2015-2018 : cette baisse doit désormais s’élever à 3,5 M teqCO2 par an, contre 1,9 M teqCO2 précédemment.

Les pistes d’action évoquées pour ce faire sont le renforcement du développement des réseaux de chaleur, l’amélioration des parcours de rénovation pour favoriser des rénovations rapides et complètes, et enfin un accent mis sur la sensibilisation des occupants pour limiter les effets rebonds et viser la sobriété énergétique.

Concernant le secteur de l’industrie, le rapport se penche également sur le cas de l’industrie du ciment qui génère 10 M teqCO2 d’émissions par an. Par nature, le ciment est un matériau très émissif en carbone, notamment du fait du clinker qui le compose. Le rapport propose quelques pistes, comme la diminution du taux moyen de clinker, la substitution des combustibles fossiles (déjà entamée), l’approfondissement du recyclage des matériaux. Le HCC reconnait néanmoins qu’il sera compliqué de décarboner significativement ce secteur. Cette analyse vient donc parfaitement souligner en creux l’importance de privilégier dès que possible l’utilisation de matériaux moins émissifs, biosourcés et/ou géosourcés.

Enfin, au-delà de la limitation des émissions carbone, le secteur du bâtiment est et sera également très impacté par le changement climatique. Dans la construction comme dans l’exploitation, le secteur est à la fois très à risque et en mesure d’activer de nombreux leviers pour faire face au changement climatique et participer à l’adaptation des sociétés au climat de demain. Ces risques et leviers seront développés dans un prochain article.

 

Le secteur du bâtiment doit jouer son rôle dans la limitation des émissions qu’il génère et dans un premier temps viser le respect des budgets carbone qui lui sont attribués dans la SNBC. Cette atténuation s’inscrit pleinement dans les objectifs planétaires visant à réduire autant que possible les émissions de gaz à effet de serre. A l’heure où le réchauffement climatique provoque des catastrophes naturelles et humaines de plus en plus tangibles, il est clair que pour le moment, aucun acteur et aucun secteur ne peut se targuer d’être à la hauteur. Pour accélérer le rythme de diminution des émissions carbone, c’est à tous les stades de la vie d’un bâtiment qu’il va falloir œuvrer : de la construction, privilégiant les matériaux recyclés et biosourcés, à l’exploitation que ce soit sur le plan de l’efficacité énergétique ou celui de l’usage par les occupants, jusqu’à la démolition.

[1] “ reaching net zero anthropogenic CO2 emissions is a requirement to stabilize human-induced global temperature increase at any level, but that limiting global temperature increase to a specific level would imply limiting cumulative CO2 emissions to within a carbon budget ” – Rapport du GIEC, 2021 paragraphe D.1.1 p. 37

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