Biodiversité remarquable, biodiversité ordinaire : quel rôle peut jouer le secteur du bâtiment ?

Alors que l’ONU vient de publier le 5ème rapport sur les Perspectives mondiales de la diversité biologique (GBO-5), 2020 est l’année des bilans. Le constat est clair : aucun des 20 objectifs d’Aichi n’a été atteint en 10 ans, et en France le Conseil Economique Social et Environnemental dresse un bilan « décevant » de la loi pour la Reconquête de la Biodiversité, de la Nature et des Paysages de 2016.

Face à l’ampleur du phénomène d’érosion de la biodiversité, qualifiée de 6ème extinction de masse, la communauté scientifique interpelle sur les menaces d’extinction d’espèces répertoriées faisant l’objet de statuts de protections. Dans le même temps, la biodiversité dite « ordinaire », moins protégée, retient de plus en plus l’attention.

Le secteur du bâtiment est bien sûr impliqué dans ces phénomènes d’érosion. Cinq facteurs aggravants relevant du secteur ont d’ailleurs été identifiés par l’IPBES. Pour autant, les pratiques sont en train d’évoluer, et certaines actions (comme s’adjoindre les services d’un écologue en phase de conception ou sensibiliser les équipes par exemple) peuvent participer à un cercle plus vertueux au regard de la préservation de la biodiversité. Dans tous les cas, gagner en connaissances sur cet enjeu est un défi à relever pour le secteur !

Biodiversité ordinaire, remarquable : la menace d’érosion est réelle

La biodiversité est définie par la diversité génétique, spécifique et écosystémique du vivant. Percevoir la richesse de la biodiversité, composée d’une multitude d’éléments, n’est pas aisé. Les espèces plus emblématiques ou plus visibles sont davantage prises en considération, et se caractérisent souvent par une valeur sentimentale : la baleine bleue, l’ours polaire ou le lion par exemple. Ainsi, alors que la biodiversité remarquable évoque une dimension symbolique, sauvage, caractérisée par la rareté ou la typicité de ses éléments, de sa population ou encore de ses écosystèmes, la biodiversité ordinaire fait référence à la biodiversité qui nous entoure, celle des écosystèmes de proximité. En 2007, le Grenelle de l’environnement adopte une vision écologique où la biodiversité ordinaire serait une « nature composée d’espèces communes ». Loin de vouloir opposer biodiversité remarquable et biodiversité ordinaire, c’est davantage pour souligner l’enjeu fondamental de « sauvegarder toute la biodiversité (…), à commencer par la biodiversité ordinaire » (Grenelle de l’environnement, 2007) qu’il est devenu essentiel de la définir, car parmi les espèces à préserver, un grand nombre se trouve dans nos jardins.

En effet, la 6ème vague d’extinction massive de la biodiversité qui a lieu aujourd’hui concerne aussi et en majorité la biodiversité ordinaire. Un article publié le 27 septembre 2019 dans The Guardian indique qu’en Europe, 58 % des espèces d’arbres endémiques sont menacées d’extinction. Pourtant, dans la mesure où la biodiversité ordinaire constitue la large majorité de la biodiversité de proximité, c’est elle qui fournit les principaux services écosystémiques à l’homme : apport en nutriments, purification de l’air, régulation des cycles de l’eau et du carbone, disponibilité en matériaux, bien-être, etc. Il est donc crucial de la protéger. Ainsi, les abeilles, les vers de terre, les oiseaux communs ou le plancton, sont autant d’espèces menacées par les activités humaines. La biodiversité concerne donc également les zones urbaines et périurbaines, et les aires protégées représentent des îlots de biodiversité remarquable entourés et composés également de biodiversité ordinaire.

« N’ayant d’ailleurs rien d’ordinaire, la biodiversité ordinaire est pourtant le socle de nos vies. » analyse Arnaud Greth, Président Fondateur de Noé, qui se bat contre la disparition de cette biodiversité plus « commune ».

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L’enjeu est crucial pour le secteur de l’immobilier.

La biodiversité présente dans ces espaces de nature est encore trop souvent détruite. Le secteur de l’immobilier et du bâtiment est directement concerné. Parmi les causes directes de l’érosion de la biodiversité identifiées par la Plateforme Intergouvernementale sur la Biodiversité et les Services Ecosystémiques (IPBES) dans son dernier rapport, 5 facteurs aggravants pointent les activités immobilières : changements d’usage des terres, exploitation directe des ressources, changement climatique lié aux émissions de Gaz à Effet de Serre, pollutions et propagation des espèces exotiques envahissantes (notamment par la multiplication des chantiers de construction).

En dépit d’une prise de conscience parfois réelle qui engage une évolution du secteur, une certaine dissociation est parfois observée entre des projets qualifiés de « vertueux » et leur propension à faire souvent table rase de la biodiversité ordinaire existante in situ, probablement par manque de connaissance et d’attention portée à l’enjeu.

 

Quelles solutions adopter ?

Cet état de fait n’est pourtant pas définitif, si l’on s’en donne les moyens. En effet, la biodiversité est un ensemble d’espèces qui ont évolué ensemble et qui font écosystème. L’un des objectifs est de recréer ces écosystèmes en ville, ainsi que les processus écologiques qu’ils sous-tendent. On sera donc attentif non seulement à la présence des espèces mais aussi à la qualité des habitats, aux ressources présentes, et aux capacités de dispersion (corridors écologiques). Divers axes de prise en compte de la biodiversité peuvent également être mis en œuvre à plusieurs niveaux, tels que la sollicitation de l’expertise d’un écologue lors des phases de conception et de construction du projet, la végétalisation et la gestion écologique de ces espaces, la sensibilisation des individus et leur implication via les sciences participatives par exemple (telles que le programme Vigie-Nature développé par le Museum National d’Histoire Naturelle), ou encore la prise en compte de la biodiversité dans la stratégie globale des organisations en impliquant l’ensemble des parties prenantes.

Dans un souci de sensibilisation et de formation des acteurs de la société civile, le MOOC Bâtiment et Biodiversité, coconstruit par l’OID et la société WILD TREES en partenariat avec l’ADEME, reprendra ces sujets. Il débute le 9 novembre 2020 et se déploie sur 5 semaines, à raison d’1h30 de formation/semaine environ. Les inscriptions sont ouvertes jusqu’au 30 novembre 2020.

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